Après la restauration de notre borne Space Invaders de 1978, voici le projet inverse : prendre une borne d’arcade japonaise des années 90 et la transformer en machine à tout jouer. Une Sega New Astro City, un PC de récupération, une interface JAMMA-USB et le frontend HyperSpin : visite guidée d’une conversion qui respecte la borne.
🇯🇵 La New Astro City, star des game centers japonais
Au Japon, les salles d’arcade des années 90 n’alignaient pas de grands meubles en bois décorés comme en Occident, mais des « candy cabs » : des bornes assises en plastique moulé blanc, toutes identiques, dont l’artwork était le jeu lui-même. La New Astro City, sortie par Sega au début des années 90, est probablement la plus iconique de toutes : coque blanche arrondie, moniteur 29 pouces (le « Flat Square 29 » affiché sur le marquee), panneau deux joueurs et son stéréo. Des générations de joueurs japonais ont découvert Virtua Fighter ou Street Fighter II penchés sur ce meuble exact.

La nôtre a gardé toute son identité : le marquee rétroéclairé, les enceintes stéréo, le monnayeur en yens et le panneau « Astro » d’origine avec ses boutons colorés.

🔌 Le principe : un PC dedans, la borne autour
À l’origine, une borne JAMMA fonctionne avec une carte de jeu (une PCB) branchée sur un connecteur standardisé qui transporte tout : alimentation, vidéo, son et commandes. Notre conversion remplace simplement la PCB par un PC, avec une pièce maîtresse entre les deux : une interface JAMMA-USB (ici une JammASD).
Cette petite carte fait le pont dans les deux sens : les sticks et boutons d’origine de la borne remontent vers le PC comme des entrées USB, et l’image du PC repart en sens inverse vers le moniteur d’origine, converti aux fréquences que le tube comprend. Résultat : on joue sur les vraies commandes, on regarde le vrai écran, mais c’est un PC qui fait tourner les jeux.
Le point qui compte pour les puristes : rien n’est modifié dans la borne. L’interface se branche sur le connecteur JAMMA comme n’importe quelle carte de jeu, le câblage et le châssis d’origine sont intacts. La conversion est totalement réversible : demain, cette New Astro City peut retrouver une vraie PCB en cinq minutes.

🖥️ Dans le ventre de la borne
Pas besoin d’une machine de guerre pour émuler les jeux d’arcade classiques : un PC de bureau de récupération fait parfaitement l’affaire. Le nôtre embarque une carte mère de PC de marque, un processeur Intel, une carte graphique d’occasion et un SSD pour des chargements instantanés. Le tout se loge dans le meuble, là où vivait autrefois la PCB, et respire par les aérations d’origine de la borne.
Le composant qui mérite le plus d’attention n’est pas le processeur : c’est la carte graphique. Un moniteur d’arcade ne parle pas la même langue qu’un écran de PC : il balaye à 15 kHz, la fréquence des résolutions d’origine des jeux (le fameux 240p), là où une sortie PC standard commence à 31 kHz. Il faut donc une carte capable de générer ces fréquences basses. Ici, c’est une NVIDIA qui s’en charge, configurée avec des résolutions personnalisées en 15 kHz (des outils comme Soft15kHz ajoutent ces modes aux pilotes). L’autre grande voie de la scène : les Radeon associées au pilote modifié CRT_EmuDriver (l’écosystème GroovyMAME). C’est cette configuration qui envoie au tube une image native, dans la résolution exacte de chaque jeu, comme le faisaient les PCB d’époque.

🎡 HyperSpin, le juke-box à jeux
Côté logiciel, la borne démarre sur HyperSpin, un frontend pensé pour l’arcade : une grande roue de systèmes et de jeux, des thèmes animés pour chaque titre, et une navigation entièrement au stick. On choisit son système, on choisit son jeu, et l’émulateur se lance en plein écran. Pour le joueur, l’expérience est immédiate : pas de clavier, pas de bureau Windows, juste la roue et les boutons.
L’intro de démarrage de notre borne, telle qu’elle tourne sur le tube.
📺 Et l’écran d’origine dans tout ça ?
C’est le grand avantage de cette conversion par rapport à un remplacement par une dalle LCD : le tube cathodique 29 pouces d’origine est conservé. Les jeux rétro ont été dessinés pour cet écran, avec ses lignes de balayage et ses couleurs qui claquent : un sprite de 1994 affiché sur le CRT de la borne, c’est l’image exacte que voyaient les joueurs de l’époque. Aucun filtre logiciel ne reproduit vraiment ça.

⚠️ Le mot sécurité, comme toujours
Comme pour toute borne à tube cathodique, on ne met pas les mains dedans sans savoir ce qu’on fait : le moniteur et sa très haute tension peuvent rester dangereux longtemps après débranchement, et l’alimentation de la borne délivre du 220 V. Débrancher, attendre, et ne jamais toucher au tube ni au châssis moniteur sans connaître la procédure de décharge.
❓ Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’une candy cab ?
C’est le surnom des bornes d’arcade japonaises en plastique moulé aux formes arrondies, souvent blanches, conçues pour jouer assis. Les plus connues sont les Astro City et New Astro City de Sega, mais Taito, Namco ou Konami avaient leurs équivalents. Leur moniteur tri-fréquence et leur connecteur JAMMA standard les rendent très polyvalentes.
La conversion PC abîme-t-elle la borne ?
Pas dans ce montage : l’interface JAMMA-USB se branche sur le connecteur d’origine comme une carte de jeu classique, sans couper un seul fil. La borne reste 100 % réversible et peut retrouver une PCB d’arcade à tout moment.
Quel PC faut-il pour une borne HyperSpin ?
Un PC de bureau modeste suffit largement pour les jeux d’arcade classiques, les consoles 8 et 16 bits et la plupart des systèmes 32 bits. Un SSD change la vie pour les temps de chargement. Inutile d’investir dans du matériel neuf : une machine de récupération fait très bien le travail. Le vrai point critique est la carte graphique : pour piloter le moniteur d’arcade d’origine, elle doit savoir sortir du 15 kHz, ce que permettent des cartes NVIDIA ou Radeon configurées pour ces fréquences (résolutions personnalisées, Soft15kHz, CRT_EmuDriver).
Peut-on essayer cette borne ?
Pas celle-ci : c’est la machine personnelle d’un membre, elle ne fait pas partie du parc de l’association. En revanche, plus de 60 autres machines vous attendent au festival Vingrau Level One et sur nos rendez-vous rétro gaming à Vingrau. Envie d’en discuter ou de monter la vôtre ? Écrivez-nous.
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